REGARDS SUR L’ŒUVRE








NOUVEAU - Voir en grand 
Deux productions,
deux visions
 
Des marionnettes sur scène
et au musée
 
Mont-Royal et Langelier : Daudelin souterrain,
texte d'Annie Gérin
 
Au cœur de l’œuvre
et de l’homme,
texte de Laurent Bouchard
 
Charles Daudelin, une icône de la sculpture canadienne,
texte de Jean-Claude Bergeron
 
Croisements géométriques,
texte de Janos Baracs
 
Charles Daudelin :
un artiste accompli,
texte de Malaka Ackaoui
 
Monument funéraire Lamarre au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges à Montréal,
texte de Mireille Lamarre
 

Mont-Royal et Langelier : Daudelin souterrain, texte de Annie Gérin

Daudelin travaillant à sa sculpture-fontaine Poulia en 1965-1966
Le Métro de Montréal ouvre ses premières stations aux usagers en 1966. La Révolution tranquille suit alors son cours et Montréal se prépare à accueillir des visiteurs du monde entier à l’Exposition universelle de 1967. Le projet du Métro, sous la direction artistique du caricaturiste Robert La Palme, offre alors à plusieurs artistes l’occasion d’expérimenter en incorporant aux stations des œuvres monumentales à caractère commémoratif, commanditées par des mécènes.
 
Charles Daudelin, invité à collaborer à la station Mont-Royal (1966) par l’architecte Victor Prus, déroge pourtant au programme officiel qui visait à faire du Métro « un livre d’images sur Montréal. » Pour l’artiste, il ne s’agit pas d’ajouter une œuvre à un ensemble architectural, mais plutôt de composer avec le lieu, le compléter et le transformer. Cet intérêt pour l’intégration des arts à l’architecture s’était déjà manifesté dans plusieurs projets menés avec des architectes depuis la fin des années 1940 (entre autres les murales de la Taverne Peel (1949), la maison en béton de Chomedey (1962) et la fontaine du siège du gouvernement provincial de l’Île-du-Prince-Édouard (Poulia 1966), ainsi que dans son enseignement à l’École des beaux-arts de Montréal où Daudelin avait fondé en 1964 une section « arts intégrés. » C’est d’ailleurs cette approche intégrative qui est privilégiée à partir de 1972, quand l’artiste Jean-Paul Mousseau remplace La Palme comme directeur artistique du Métro. Dans cette deuxième phase, Mousseau encourage l’exploration artistique non-figurative, les œuvres sont inclues dans les budgets de construction et elles sont intégrées directement à l’architecture des stations.
 
Bien que parfois tendues, les relations entre Daudelin et Prus témoignent d’une conception partagée de l’espace public. Dans les années soixante, Prus était reconnu pour ses constructions où l’ambiance correspondait à la fonction du bâtiment. Il avait une conscience accrue de l’expérience de l’usager en mouvement dans l’espace. Pour sa collaboration à la station Mont-Royal, Daudelin imagine donc un dispositif qui vient scander l’espace des quais à intervalle régulier, donnant ainsi à l’usager du Métro un repère spatial et générant une échelle humaine dans un espace souterrain qui aurait autrement été désorientant et oppressif. La simplicité du dispositif est désarmante : 32 joints verticaux en aluminium texturé d’un mètre 70 de hauteur, soit la taille moyenne d’un homme. Les bandes, qui ont aussi le rôle de cacher les joints d’expansion, sont fabriquées utilisant une technique novatrice. Daudelin les sculpte dans des blocs de polystyrène au moyen d’un fil chauffant. Elles sont alors coulées en aluminium après avoir été recouvertes d’une gangue de sable, qui lègue sa texture aux bandes moulées.
 
Dix ans plus tard, la collaboration de Daudelin est de nouveau sollicitée par Prus dans le cadre de la construction de la station Langelier (1976). Les préoccupations phénoménologiques évidentes dans la station Mont-Royal sont reprises et déployées avec plus d’envergure dans une œuvre dynamique et potentiellement sonore. Le projet initial consiste en deux énormes sculptures-grilles formées de caissons en acier émaillé. À l’intérieur des caissons, des bâtonnets métalliques enfilés sur un câble central sont animés par les déplacements d’air dus au mouvement des wagons et au système de ventilation, que les grilles décoratives rendent inaccessibles au public. Daudelin imaginait qu’une fine musique serait ainsi produite. Cependant, les grilles ont été remplacées depuis et les possibilités sonores de l’œuvre n’existent plus. Devant les grilles se trouvent des rectangles d’acier inoxydable poli, verticaux, tridimensionnels, profilés de couleur et de grandeur différente, chacun percé d’une ouverture circulaire qui permet de voir les grilles. La gamme chromatique de la bordure des rectangles crée un effet spectral qui est activé par le déplacement de l’usager traversant la station sur le quai ou dans un wagon.
Comme la précédente, cette œuvre prend tout son sens dans le regard de l’usager en mouvement.
 
S’il est possible de les qualifier de ludiques, les œuvres que Daudelin a intégrées aux stations Mont-Royal et Langelier font tout de même preuve d’une certaine lucidité philosophique et esthétique. Elle exposent, entre autres, des relations visuelles et spatiales particulières qui font prendre conscience à l’usager de son corps, de ses déplacements, des paramètres de l’espace qui l’entourent, ainsi que du rôle subtile et bénéfique que peut jouer l’art dans les espaces publics.
 
Annie Gérin
Historienne de l’art et commissaire d’exposition
 
 
     
 
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