REGARDS SUR L’ŒUVRE








NOUVEAU - Voir en grand 
Deux productions,
deux visions
 
Des marionnettes sur scène
et au musée
 
Mont-Royal et Langelier : Daudelin souterrain,
texte d'Annie Gérin
 
Au cœur de l’œuvre
et de l’homme,
texte de Laurent Bouchard
 
Charles Daudelin, une icône de la sculpture canadienne,
texte de Jean-Claude Bergeron
 
Croisements géométriques,
texte de Janos Baracs
 
Charles Daudelin :
un artiste accompli,
texte de Malaka Ackaoui
 
Monument funéraire Lamarre au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges à Montréal,
texte de Mireille Lamarre
 

Charles Daudelin : un artiste accompli, texte de Malaka Ackaoui

P. 20 de La création d’un symbole national, Le concours pour le Monument au maintien de la paix, publié par la Commission de la Capitale nationale, Ottawa, 1991
Homme attachant et artiste hors pair, Charles Daudelin ne rendait personne indifférent. Je ne me rappelle pas en quelle année j’ai rencontré Charles, mais notre première collaboration était pour le concours du monument de la guerre à Ottawa . J’avais eu le plaisir de travailler avec Charles et Louise, son épouse. J’avais tellement apprécié l’expérience que plusieurs années plus tard, lorsque je cherchais des artistes pour un projet particulier, il était normal que je pense à Charles Daudelin.
 
Notre bureau travaillait avec la compagnie du cimetière Mont-Royal et nous avions conçu un jardin funéraire dédié à l’enterrement des cendres. Ce jardin était conçu comme une série de «chambres» extérieures dont les parois étaient composées de rosiers et de chênes. Il était prévu que la voûte des chênes forme un «toit» pour refermer le tout et qu’une sculpture centrale à chaque chambre serve de monument collectif. La sculpture devait permettre qu’on y grave les noms des 550 personnes dont les cendres étaient enterrées sous la pelouse entourant l’œuvre.
 
Nous étions en 1990 et l’idée d’engager des sculpteurs devait être approuvée par les dirigeants du cimetière. Avec l’aide du Conseil de la sculpture du Québec, nous avons assemblé un jury et avons eu accès à la banque d’images du ministère de la Culture afin de visionner les portfolios de nombreux sculpteurs de la région de Montréal. Charles Daudelin a été unanimement retenu parmi les 5 sculpteurs invités et j’ai eu la tâche de le contacter pour vérifier s’il acceptait de participer au projet. À son âge et avec la renommée qu’il avait, on craignait qu’il refuse de faire partie du concours.
 
P. 21 de La création d’un symbole national, Le concours pour le Monument au maintien de la paix, publié par la Commission de la Capitale nationale, Ottawa, 1991
Charles était un homme passionné. Lorsque je lui ai téléphoné pour lui demander s’il acceptait de participer à un concours, il ne semblait pas enthousiaste à l’idée. Cependant, plus je lui parlais du projet, plus il devenait réceptif. À la fin il m’a dit : C’est un concept intéressant, je vais y prendre part. Ce fut le début d’une belle aventure qui m’a permis de mieux connaître Charles Daudelin.
 
J’aimais son sens de l’humour. Lorsque nous nous sommes approchés de la maquette le jour de la présentation de sa proposition, nous avons constaté qu’il avait gravé le nom de tous les membres du jury sur la maquette du monument funéraire. Génial! Seul un artiste accompli pouvait se permettre de faire une telle blague dans le contexte de sa présentation.
 
Sa proposition pour le monument funéraire était si riche en symbolique. Elle évoquait le cercle de la vie et son interruption. La fente irrégulière dans la paroi du cylindre symbolisait la coupure dans la vie, la colombe au sommet était, si je me rappelle bien, l’envol de l’âme. Le sculpteur avait tout étudié. Et la position et l’orientation de son œuvre étaient en communion avec le site, la nature et le paysage lointain.

Charles était évidemment très heureux de réaliser ce monument. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois durant la fabrication et sur le chantier. Le projet nous tenait à cœur tous les deux car il s’agissait d’une communion entre le paysage et l’art.
 
Le jour ultime, une fois la sculpture livrée pour l’installation au sommet de Mountain View au cimetière Mont-Royal, nous nous sommes rencontrés tous les deux sur le site. Ce secteur est entouré par les tombes de communautés grecques de Montréal. L’installation et les ajustements prenaient plus de temps que ce que nous avions envisagé et il faisait froid en ce jour d’automne. Il n’était cependant pas question de s’éloigner du chantier. Nous n’avions pas prévu ces délais et n’avions rien à manger pour le soir. Vers la fin de la journée, Charles m’a proposé de quitter et il a insisté pour rester tant que le travail ne serait pas complété. Il m’a promis de me donner des nouvelles le lendemain.
 
Au matin suivant, Charles me téléphone pour me rassurer et me dire que le travail s’était terminé vers 22 :00 la veille. Il faisait froid et j’avais faim. Mais la vue des lumières de la ville et les lampions illuminés des tombes tout autour me réconfortaient, m’expliqua-t-il. Charles n’était pas seulement artiste, il avait un sens très poétique!
 
Une seule chose nous opposait : les gitanes! Moi qui ne supporte pas la fumée de cigarette, je devais travailler avec un grand fumeur de gitanes. Il avait donc compris que lorsqu’on se retrouvait ensemble au bureau, la consigne était de ne pas allumer de cigarettes à l’intérieur. Il m’accusait dans ces moments-là de le faire souffrir car il devait alors aller fumer à l’extérieur. Il le disait avec un sourire et un ton bien sympathique.
 
Le jour des funérailles de Charles Daudelin à la basilique Notre-Dame, je ne pouvais retenir mes larmes. Son urne cinéraire placée sur l’autel était une évolution de son monument du cimetière Mont-Royal. L’artiste avait donc poursuivi sa réflexion sur le sujet au point de concevoir lui-même le contenant dans lequel ses cendres seraient déposées : un cylindre au sommet duquel une autre colombe symbolisait l’envol. Charles Daudelin : quel Artiste!
 
Malaka Ackaoui
Architecte paysagiste et urbaniste.
 
     
 
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