REGARDS SUR L’ŒUVRE








NOUVEAU - Voir en grand 
Deux productions,
deux visions
 
Des marionnettes sur scène
et au musée
 
Mont-Royal et Langelier : Daudelin souterrain,
texte d'Annie Gérin
 
Au cœur de l’œuvre
et de l’homme,
texte de Laurent Bouchard
 
Charles Daudelin, une icône de la sculpture canadienne,
texte de Jean-Claude Bergeron
 
Croisements géométriques,
texte de Janos Baracs
 
Charles Daudelin :
un artiste accompli,
texte de Malaka Ackaoui
 
Monument funéraire Lamarre au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges à Montréal,
texte de Mireille Lamarre
 

Au cœur de l’œuvre et de l’homme, texte de Laurent Bouchard

Daudelin étudie attentivement la maquette de Éclatement II, 1997
Photographe inconnu, épreuve à la gélatine argentique, source : Archives Charles et Louise Daudelin
Traduire par de simples mots la qualité de la relation à la fois personnelle et professionnelle que j’ai entretenue avec Charles Daudelin m’apparaît quasi utopique. Et j’hésite à m’y mettre car je risque d’affadir ce qui reste, dans mes souvenirs et dans mon cœur, l’amitié la plus précieuse que j’ai eu le privilège de vivre.
 
Je ne saurais dire, à mon âge, quel fut véritablement «l’être le plus extraordinaire que j’ai rencontré» mais je puis sans aucun doute dire de Charles qu’il fut l’homme le plus attachant et le plus sincère des amis. Et il était un artiste de génie.
 
Je ne saurais non plus parler de toute son œuvre : d’autres l’ont fait et le feront avec plus de compétence et dans des termes plus appropriés. Mais parmi toutes les créations dont j’ai été parfois un proche témoin, de par mes fonctions, je m’en voudrais de ne pas parler de sa sculpture-fontaine EMBÂCLE installée sur la Place du Québec à Paris. J’étais, au ministère de la Culture du Québec, chargé de ce projet, dont j’ai pu suivre toutes les étapes de création, de la présentation de la maquette jusqu’à l’inauguration de l’œuvre terminée. Création magistrale qui évoque la puissance des forces telluriques qui fissurent l’écorce terrestre ou l’énergie de l’eau qui, après avoir été emprisonnée par l’hiver, éclate et soulève son manteau de glace. Composition pourtant simple, mais qu’on la regarde d’un côté ou de l’autre l’équilibre et l’harmonie subsistent. (Je ne puis m’empêcher de relater une anecdote caractéristique du tempérament de Daudelin et qui est survenue lors de la présentation publique des maquettes du concours organisé, pour cette occasion, à Montréal. Les journalistes avaient été convoqués dans les bureaux du Ministère, rue Notre-Dame. Après les discours d’usage des co-présidents (français et québécois) du jury international, les journalistes demandèrent à Charles de leur expliquer le sens de sa démarche. On connaît bien le genre de réponse concise, brève et un tantinet timide que faisait l’artiste dans ce genre d’occasion. À la surprise des personnes présentes, l’un des membres français du jury proposa alors sa propre compréhension de l’œuvre de Daudelin. Et d’y aller alors d’un discours si brillant et si imagé qu’au terme des applaudissements Charles, comme médusé par tant d’éloquence, invita tout bonnement et fort gentiment les journalistes à adresser leurs autres questions «au monsieur». Éclat de rire général, même de l’intéressé, qui n’en prit nul ombrage.)
 
Je conserve encore en mémoire l’émotion que j’ai ressentie au moment où le jury découvrait la maquette d’Embâcle. Les cinq présentations des artistes retenus pour ce concours auraient mérité d’être réalisées sur la Place. Celle de Daudelin s’imposait néanmoins tant par son originalité, sa conformité à la nature même du Québec, de sa vigueur et de la rigueur de ses hivers. J’en étais resté saisi d’étonnement et d’admiration devant ce qui m’apparaissait comme «un portrait fidèle de ce pays» et j’éprouvais une sorte de fierté que ce portrait soit présenté en plein cœur de Paris. Belle œuvre donc que cet «Embâcle» (qui a depuis perdu un peu de son envergure, il faut bien le constater, l’eau éclaboussant quelques citoyens…), qui trouva magistralement sa résonance dans la magnifique fontaine installée devant la gare du Palais à Québec (Éclatement II). Cette fois, la pensée créatrice de Daudelin, a pu prendre toute son ampleur dans le vaste espace mis à sa disposition, si bien qu’on peut prendre toute la mesure de l’artiste alors en pleine maturité. Il est également émouvant de voir, dans cette œuvre particulière, qu’il y a concordance et logique dans le cheminement de l’artiste. Même concept de base interprété sur des modes mineur et majeur, même composition, mais variation dans les éléments constitutifs - acier, eau, pierre - avec une retenue un peu contrainte à Paris et une absolue liberté à Québec. Je parle au singulier des fontaines de Paris et de Québec réalisées à plusieurs années d’intervalle parce qu’elles seront, sans doute, traitées comme une œuvre unique dans un futur catalogue raisonné de la production de Charles Daudelin. Et en cela même, cette œuvre constitue comme un lien privilégié entre les deux villes et une sorte de cordon ombilical qui relie symboliquement les deux versions du concept.
 
Et, sur une note plus personnelle, il me semble que c’est quelques mois plus tard, pour souligner mon anniversaire, qu’une de mes filles, connaissant mon attachement pour l’artiste, eut l’audace d’appeler «monsieur Daudelin» et de lui demander un petit mot à mon intention. Charles, grand seigneur, lui transmit plutôt une curieuse fantaisie abstraite en tons de roses, de bruns, de pourpres. Et quand on examine attentivement la composition on peut lire, caché dans les entrelacs, mon propre nom. Ce dessin, je l’ai évidemment monté et précieusement conservé. Et je trouve amusant que ce soit, tous les soirs, au moment d’éteindre, la dernière chose que je regarde. Comme un clin d’œil à mon ami.
 
Laurent Bouchard
Ex-directeur du programme Intégration des arts à l’architecture
du gouvernement du Québec
 
     
 
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